|
|
Iseult n'est pas la Princesse de Clèves
Tristan et Iseult et La Princesse de Clèves sont tous les des histoires d'un amour-passion hors du mariage. Dans les deux romans, un homme idéal est amoureux et aimé d'une femme déjà mariée ou fiancée. Tristan, le chevalier partait, est l'amant d'Iseult, la fiancée puis la femme de son seigneur, le roi Marc. Le duc de Nemours, l'amant partait, tombe amoureux d'une femme mariée respectable qui s'appelle Mme de Clèves. mais les histoires ne sont pas pareilles. Bien que ces éléments-là soient les mêmes, les histoires se déroulent de deux façons très différentes. La première chose qu'on peut remarquer c'est que plusieurs siècles séparent les deux romans. Tristan et Iseult est un vieux conte, un mythe qui n'a pas d'auteur et pas d'époque spécifique non plus. Il se passe à l'époque médiévale, avec les rois féodaux et leurs chevaliers. Cette société n'est pas très compliquée; ce qui est important c'est la loyauté qu'on doit à son seigneur. Quelques siècles plus tard, à la Renaissance, la princesse de Clèves et le duc de Nemours se rencontrent à la cour d'Henri II. C'est une époque très spécivique, avec des personnages comme le roi, sa femme, Marie de Médicis, et sa maîtresse, Diane de Poitiers, qui ont vraiment existé. Cette apparence de réalité donne une qualité de vraisemblance à l'histoire, mais le temps et le lieu font aussi que c'est une société sophistiquée, qui ne dépend pas des mêmes mœurs que la cour du roi Marc. À la cour d'Henri II, les nobles restent divisés entre deux camps politiques, certaines des femmes ont autant de pouvoir politique que les hommes, et on joue à l'amour et l'intrigue pour éviter l'ennui. Au sein de ces deux cours opposées, les héroines ne peuvent que réagir différemment. Il y a du désordre dans les deux cours. Chez le roi Marc le problème est qu'il n'est pas un roi fort. Quand ses barons viennent lui dire qu'ils veulent quelque chose, il ne peut pas refuser. Il ne peut même pas dire "Oui, mais ce sera comme je le désire." Au contraire, les barons reçoivent tout ce qu'ils demandent. Le pouvoir politique du système féodal est la force personnelle, mais le roi Marc n'a pas cette force, donc il ne peut pas contrôler sa cour. Mais il n'y a aucun signe que le roi Henri II ait des problèmes politiques. Les intrigues se répandent partout à la cour, mais en fait c'est comme &ccecil;a que fonctionne cette société. En fait, le désordre dans cette cour est morale et non pas politique. Le roi a une maîtresse publique, qu'il a prise de son père, et tous les autres hommes et femmes dans le livre sont adultères aussi, tous sauf Mme et M. de Clèves. Tout ce qui compte à cette cour, c'est l'apparence de la respectabilité. Donc ces deux désordres, la politique et la morale, créent différents problèmes pour les deux couples. La grande différence entre les deux romans est que Mme de Clèves ne couce jamais avec M. de Nemours, tandis que Tristan et Iseult sont amants dès le début. Dans les deux cas, c'est la femme qui fait la chois, soit d'avoir un amant, soit de rester fidèle. Quand Tristan et Iseult sont ensemble sur le navire, et Brangien leur donne le philtre d'amour, Iseult sait que ce n'est pas simplement du bon vin. Elle choisit, pour une raison ou une autre, de se livrer à l'amour-passion. Après avoir fait ce choix, elle ne peut plus résister à l'adultère. Mme de Clèves ne peut pas choisir de rester indifférente à M. de Nemours, mais elle fait constamment le choix de résister à la tenation. Malheureusement, les circonstances des deux histoires luttent constamment contre les décisions des princesses; l'infidélité d'Iseult et la fidélité de la princesse de Clèves deviennent tous les deux de plus en plus difficiles à maintenir. Iseult et Mme de Clèves veulent deux choses contradictoires. Iseult veut être avec son amant, mais Mme de Clèves ne veut pas d'amant. Tristan et Iseult n'ont pas de problèmes de conscience ni de conflits personnels. Les seuls obstacles qui s'opposent à leur union sont extérieurs, comme l'intrigue des barons. Les obstacles deviennent de plus en plus difficiles à surmonter, mais ils restent externes. Cependant l'histoire de Mme de Clèves est complètement intérieure. En fait, les onbstacles extérieurs disparaissent inexorablement, donc elle doit en créer en elle-même pour pouvoir résister à la tentation que pose M. de Nemours. Les deux histoires sont l'inverse l'une de l'autre, la création et la destruction des obstacles à l'amour. La société féodale de Tristan et Iseult ne permet pas d'amour-passion, parce que le devoir et la fidélité sont essentiels. En s'aimant, Tristan et Iseult trahissent leur seigneur et ils ne remplissent pas leurs devoirs de protéger le roi ou de lui donner des enfants. À cause de cette trahison, ils doivent mourir; ils sont tirés des deux côtés et ne peuvent pas supporter cette situation. Ils auraient dû vivre au seizième siècle, quand ils auraient pu s'aimer qu'ils voulaient, et Mme de Clèves aurait dû être la femme fidèle d'un roi féodal. Elle a pu survivre, mais seulement en se retirant complètement de la société. Malheureusement, ni l'une ni l'autre de ces dames nobles et sophistiquées n'a réussi à vivre sa passion dans la société.
This page created and maintained by
Laurabelle (send WebMail).
|
![]()
Last modified on May 12, 2001. |